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Mardi 13 juin 2006

 C.F Ramuz
Grasset

 

Que ce soit par le roman « Aline », « Le garçon savoyard » ou bien ici « Derborence », on ne peut rester indifférent au style de C.F Ramuz… soit on y prend goût, soit ses œuvres nous tombent des mains, pas de juste milieu.
Son univers est souvent d’une simplicité extrême, le vocabulaire reste simple, ses joutes verbales quasi inexistantes, ses tournures sont parfois trop lourdes, quant aux entorses à la syntaxe, n’en parlons même pas. Et c’est là tout le charme de Ramuz : le naturel pour mettre en avant ses personnages. Ainsi, il préfère reproduire le langage de tous les jours, avec ses éventuelles maladresses, que de suivre un style littéraire académique.

Me concernant, « Aline » m’a beaucoup plus, ainsi que « Le garçon savoyard ». Je continue aujourd’hui avec « Derborence » (vivement recommandé par Rotko). Il serait donc inutile de préciser que je suis tout à fait séduite par les œuvres de Ramuz. Pas forcément, au passage, pour son style « haché », mais plutôt par son don de nous rendre ses personnages indispensables.

Ici, dans « Derborence », outre nos protagonistes Antoine et Thérèse, c’est le personnage de la montagne, qui pour moi, a pris le plus de valeur. Car tout vient de cette dernière. Montagne qui sans prévenir et sans raison apparente a misé toute sa colère en s’éboulant sur une vingtaine de bergers, dont Antoine.
Crainte par les villageois, elle ne fera que confirmer leurs dires : cette montagne est la demeure du Diable.

Antoine a-t-il succombé ? Thérèse sera-t-elle faire face aux superstitions lorsque ce dernier ou son spectre réapparaîtra ?
C’est tout l’art de Ramuz que de nous tisser au fil des pages cette histoire, nous laissant, lecteurs avides de sensations fortes, si petit face à la force de la nature.

 

Par Esther - Publié dans : Littérature
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Mardi 6 juin 2006

 

Jacobsen.
Stock, coll. La Cosmopolite.

 

Il y a quelques jours, j’ai retranscris une critique de Rilke concernant le roman de Jacobsen : "Niels Lyhne".
Poussée par cette dernière, je me suis appropriée le livre et me suis lancée dans la lecture.
Que dire ? Et bien au risque de vous décevoir, je n’ai pas été touchée par ce roman. J’ai eu l’impression tout au long de ma lecture que Jacobsen n’est pas allé aussi loin qu’il le voulait en ce qui concerne les sentiments de ses personnages. Du coup, on ne s’attache pas à notre héros Niels Lyhne et la lecture se continue parce que l’on se dit que l’on n’aimerait pas passer à côté d’un « chef-d’œuvre » sans comprendre pourquoi Rilke en parle avec autant de vivacité et de respect.
Edmond Jaloux nous dit dans la préface de Niels Lyhne (édition stock, coll. La Cosmopolite) que « les chefs-d’œuvre ne sont jamais dépassés ; mais on ne s’aperçoit pas toujours immédiatement de leur qualité de chef-d’œuvre. Un chef-d’œuvre, dans la vie comme dans l’art, a quelque chose d’effacé, de grave, de discret, d’intérieur ; mais son rayonnement est progressif. Combien sommes-nous aujourd’hui à mettre si haut Niels Lyhne ? Mais combien seront-nous demain ?"
Il se peut donc que je fasse partie de la seconde catégorie et que demain moi aussi je prendrais conscience de la valeur de ce texte.

Par Esther - Publié dans : Littérature
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Vendredi 2 juin 2006

Le Pingouin

Andreï Kourkov

 

 

Un récit complètement décalé. D’un côté, un « journaliste », Victor Zolotarev, auteur de « petites croix » qui se résument en nécrologies. Petites particularités : les soi-disant morts sont vivants aux moments où les « petites croix » prennent vies. Enfin, vivant, plus pour très longtemps pour certains, puisque certaines personnes se retrouvent sur une liste bien macabre.

D’un autre côté, nous avons Micha, un pingouin mélancolique, vivant dans l’appartement de ce même Victor Zolotarev, qui au passage, n’est pas plus enjoué par la vie.

Le décalage réside dans cette alliance burlesque entre un homme, pris malgré lui dans un engrenage d’affaires suspectes et un pingouin se retrouvant à cent milles lieus de l’endroit où il devrait normalement résider.

Nous sommes donc contraint, au fil de la lecture, de passer du rire au grincement de dent. Le tout saupoudré d’un intenable suspens.

Malgré la violence de ce récit, c’est toute la douceur du pingouin qui en ressort, et bien que la dernière réplique laisse à sourire, c’est avec une certaine tristesse que nous refermons ce livre.

 

Vous avez lu ou lirez des critiques à propos de ce texte mettant en avant que « le pingouin » est un livre formidable et incontournable de par son originalité. Et bien je confirme et invite tous ceux qui ne l’ont pas encore lu à le découvrir.

 

 

 

 

 

Par Esther - Publié dans : Littérature
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Lundi 22 mai 2006

 

Plongée actuellement dans les lettres de Rilke, je ne pouvais ne pas relire « Lettres à un jeune poète ». En parcourant la lettre du 23 avril 1903, je tombe sur sa critique de « Niels Lyhne » de Jacobsen.
Je vous la retranscris ici et je suis sûre que tout comme moi, vous ne pourrez résister à lire ce roman.

« Niels Lyhne » va maintenant s’ouvrir devant vous, livre de splendeurs et de pénétrations. Plus on le lit, plus il apparaît que tout y est : du parfum le plus léger de la vie à la pleine saveur de ses fruits les plus lourds. Il n’est rien là qui ne soit compris, saisi, ressenti, et – à la résonance vibrante du souvenir – reconnu. Rien n’y est petit. Le moindre événement se déroule comme une destinée, et la destinée elle-même s’y déploie comme un tissu, ample et magnifique dont chaque fil, conduit par une main infiniment douce, se trouve pris et maintenu par cents autres. Vous allez connaître le grand bonheur de lire ce livre pour la première fois. Vous irez, comme dans un rêve, d’étonnement en étonnement. Et je puis vous dire que, dans la suite, vous serez toujours à travers ces pages le même marcheur émerveillé, car elles ne sauraient jamais rien perdre du charme féerique, de la puissance miraculeuse de leur première rencontre. On en jouit chaque fois davantage. Elles vous rendent toujours plus reconnaissants, meilleurs, plus simples de regard, plus pénétrés de foi en la vie, et dans la vie même, plus heureux et plus grands. »

Par Esther - Publié dans : Littérature
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Mardi 16 mai 2006

 

Jean Teulé, Je, François Villon, Paris, Julliard, 2006, 415 p.

 

 

Ah diable que c’est bon ! Qu’en voilà un bel, irrévérencieux et fol ouvrage ! 

Le dernier livre de Jean Teulé est un hommage puissant au plus grand poète maudit du Moyen-âge français.

Prenant appui, au fil des chapitres, sur les poésies mêmes de François Villon (1431- ?) comme autant de balises sur les grandes étapes de sa vie tumultueuse, l’auteur est parvenu à tirer de ces textes extraordinaires et de multiples lectures parallèles une fiction biographique absolument décapante et jouissive.

Qui plus est, l’impression d’une véritable plongée dans la France du XVème siècle est totale, avec parfois même quelques effets secondaires dû au décalage horaire, (du genre, en rentrant dans un bar : hé ! trois bolées d’hypocras tavernier ! ) Mais alors quel voyage ! une peinture vivante et toute crue de la vie quotidienne de l’époque. Et quel style ! Quel poigne ! C’est complètement ragaillardi que l’on ressort de cette lecture, comme d’une bonne douche froide en plein hiver.

Mais plus encore, on sent un profond respect pour le personnage. La légende. Le mythe Villon. Universitaire et bandit de grand chemin, poète et voleur, prince de l’argot, escroc, assassin, vagabond, débauché et bien plus encore. Il y a dans ce texte une fascination communicative pour cette figure impossible qui allie le génie poétique transfiguré par la souffrance à la violence la plus indicible et la plus cruelle.

« L’écoute des nombreuses conversations dans la piscine est pour moi tout aussi incompréhensible. Je me retourne. Ils sont une douzaine, plus proche de la bête sauvage que de l’humain. Ils ont tous des têtes de dingues – le genre de gars qu’on ne souhaite pas rencontrer la nuit à l’orée d’un bois. Côte à côte, les bras accoudés derrière eux sur le rebord de la piscine, le reste du corps nu dans l’eau, l’un d’eux soulève une paupière alourdie vers moi. Il n’a plus de nez. Le cartilage des cavités nasales palpite dans l’air saturé de vapeur au dessus d’une grimace qui dévoile ses molaires vertes et bleues. Il est prêt à me tuer à tout moment. Un autre est si chevelu qu’on ne distingue plus la naissance de sa longue barbe ni de ses volumineuses moustaches mêlées aux cheveux. Sa tête est une grande fourrure noire d’où émergent des yeux hallucinés. Cet autre possède le visage le plus fourbe que j’aie jamais vu. Tous les plis de ses traits ne racontent que le vice poussé à l’extrême. Près de lui, un abruti dangereux ouvre en grand sa bouche par secousses continuelles comme s’il étouffait et tape mécaniquement, de son poignard, le rebord de la piscine. Mais qui sont ces gens-là ?! » (p. 163-164)

Une vraie lecture de printemps !

 

 

Par Léonard Green - Publié dans : Littérature
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