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Shan Sa
Paris, Albin Michel, 2005, 280 p.
En général, je n’aime pas parler des livres que je n’ai pas apprécié, encore moins de ceux que j’ai détesté et je ne prends aucun plaisir – mais alors aucun – à remuer le couteau dans la plaie en flinguant le travail de quelqu’un.
Mais là… franchement… c’est une question d’hygiène.
Les Conspirateurs, c’est d’abord l’histoire de trois personnages : Jonathan le jeune informaticien américain, Ayamei l’ancienne leader du mouvement de la place Tianan men et Philippe le politicien français. Trois personnages qui se traquent les uns les autres, pour le compte de leurs gouvernements respectifs, trois personnalités fortes qui se révèlent n’être guère que de pauvres marionnettes que l’on bouscule sur l’échiquier international.
Au fil des quatre chapitres qui composent le roman, se déroule un jeu de cache-cache où les masques et les faux-semblants tombent un à un, jusqu’au dénouement final où nos protagonistes révèlent leur « vraie » nature. Le texte se clôt cependant sur un brouillage des identités, donnant de la sorte un certain intérêt à la structure et au développement du récit, sans pour autant – loin de là ! – rattraper la désespérante pauvreté de l’ensemble.
Car c’est là que le bât blesse. Impossible, pour ma part, de voir à ce roman d’autre intérêt que celui de l’idée qui le soutien. A savoir, donc, une part de réflexion sur le thème du mensonge, de la tromperie, de la manipulation etc… qui se concrétise dans une structure narrative qui tient la route – mais guère davantage : on assiste à un dévoilement, un effeuillage progressif des déguisements, des personnalités jusqu’à la nudité finale et toujours floue des personnages.
Les Conspirateurs, c’est donc ensuite l’histoire d’un très grave défaut que l’on rencontre, à mon sens, malheureusement bien trop souvent dans la littérature française d’aujourd’hui, celui de n’avoir aucun style, aucune verve, aucune langue. Pire encore, aucun souffle, bref, aucune âme. Les dialogues sont affligeants de platitude et de pauvreté, la soi-disant sobriété de l’écriture dissimulant mal la nullité toute venteuse qui s’exhale du moindre mot. Le texte est truffé d’artifices purement formels qui donnent l’impression de surgir tout droit d’une mauvaise recette : on se retrouve avec une tarte à la n’importe quoi, saupoudrée ci-et-là d’un peu d’anglais en version originale pour faire cosmopolite, d’un peu de désillusion politique mêlée d’humanisme pour faire « engagé » et d’un peu de sexe bon marché et faussement sulfureux pour pimenter un ensemble décidément bien trop fadasse.
Les Conspirateurs, c’est en fin de compte l’histoire d’un livre sur le mensonge et la dissimulation, sur les jeux de masque et la manipulation, qui donne la très désagréable impression que c’est finalement le lecteur qui se fait pigeonner, victime d’un énorme coup de bluff, d’une fabuleuse et minable escroquerie. Au point qu’on en arrive à se demander si, par une extrême perversité d’esprit et un cynisme frisant la diablerie, ce résultat n’était pas en fait recherché dès le départ et si, les véritables « conspirateurs » de cette histoire ne se trouvent pas finalement derrière la plume et les rotatives…
Mais je vais mettre ici un terme au doux chant de la canonade, n’ayant désormais plus qu’une dernière chose à ajouter : jugez-en par vous-même… si vous en avez le courage…
Mais je me rappelle avoir lu la joueuse de go du même auteur, et ce livre m'avait plu.
Alors Léonard, as-tu lu la joueuse de go, et si oui, as-tu le même avis sur cet ouvrage ?
Je t'avouerai qu'après avoir goûté à ce dernier opus, (mais je suis peut-être mal tombé)je n'ai a priori pas vraiment envie de découvrir autre chose.
A l'occasion, pourtant, il faudrait peut-être effectivement que j'essaie... à suivre...
Je suis pas d'accord avec toi. Certes, les dialogues sont peu être pauvres et le style ne tient pas d'Hugo mais cependant, l'histoire est original. De plus, sa façon d'écrire à quelque chose de très plaisant et puis, on découvre, de façon succinte je l'accorde, la culture d'un pays et puis son histoire. Enfin, j'ai bien aimé les personnages qui sont attachants.