
L'amour, comment ça va?
Maison de la Villette (M° Porte de la Villette)
Du mercredi au dimanche de 14 à 19h, jusqu'au 13 août
Entrée libre
Inaugurée logiquement au début du printemps, voici une exposition au titre presque racoleur, qui nous donne aussitôt envie d'aller étudier la question par une belle journée d'été, en sifflotant. Le problème, on s'en rendra vite compte, c'est que, derrière cette interrogation qui semble bien futile, se profile une réalité plus pragmatique; que, loin d'être une approche décontractée du sujet c'est une véritable étude sociologique que nous livrent les concepteurs de cette expo. Il s'agit avant tout de décrypter cette toile de fond qui sert de décor au drame de nos relations humaines.
Eh bien allons-y.
L'expo s'ouvre directement sur une analyse du climat socio-économique des dernières décennies: le poids des mots, le choc des photos (de Raymond Depardon et Sabine Delcour, entre autres), le visiteur est vite mis au parfum: clichés à l'appui, on lui présente sans sommation toutes les tares de notre société capitaliste, de la précarité de l'emploi et de ce qui en découle (vocations contrariées, multiplications des petits boulots, chômage) à la désertification des campagnes, en passant par d'autres maux tels que dépression, solitude, tristesse. On fait un détour par ces autres obsessions modernes que sont le sexe, le culte du corps, et leurs corollaires, la chirurgie plastique, le tourisme sexuel… Plus tard on parlera du sida, histoire de se remettre du baume au cœur…
Certes, tout cela n'est pas bien gai; mais on vous avait prévenu, cette première partie s'intitulait "il pleut des pierres sur l'amour". On redoute la suite…
Après les pierres, les pavés. Retour à la révolution sexuelle et aux mouvement contestataires de 68. Histoire de voir comment ont évolué les relations hommes-femmes. La part belle est faite à l'émancipation de la femme, on suit l'histoire des mouvements féministes, de leurs balbutiements dans les années cinquante, à la naissance du collectif "Ni putes ni soumises". A noter un fond documentaire extrêmement riche présentant reportages, interviews de l'époque, documents très intéressants et plutôt méconnus des nouvelles générations.
Question: et l'homme dans tout ça? Ah mais il n'en est pas question; on s'intéresse plutôt à la "sororité", ce sentiment fort qui naît entre les combattantes (à l'exclusion des femmes des classes défavorisées, précise un commentaire…). L'homme, figure de l'éternel oppresseur, a disparu du paysage. Reflet sans doute de cette époque troublée; mais il faut préciser également au passage, car c'est flagrant, que de toute façon l'expo est placée exclusivement sous le point de vue des femmes. Un coup d'œil à la plaquette de l'expo me confirme que la plupart des concepteurs de l'expo sont des femmes. CQFD.
Du difficile parcours vers la mixité on glisse tout naturellement vers l'histoire des mouvements homosexuels qui est également très approfondie.
Et à ce moment de la visite, on se demande un peu comment rassembler les pièces du puzzle, tout en appréhendant le résultat final. Car il faut admettre que le travail de documentation fourni pour cette expo est formidable; seulement, où est passée la problématique initiale? On s'attendait, sinon au classique "thèse-antithèse-synthèse", du moins à une véritable réflexion sur le sujet, confrontant plusieurs points de vue, abordant divers aspects du problème. Or le visiteur se voit asséner de façon quasi-dictatoriale une -LA- vérité, vérité plutôt sombre d'ailleurs; on venait pour une balade romantique, on assiste à une autopsie. Seules nos propres convictions nous empêchent de sortir déprimé de cette visite, où l'on s'acharne à vous prouver que l'amour est mort.
Quoique. Tout bien réfléchi, mon propos est exagéré. On parle tout de même d'amour dans cette expo. Réjouissez-vous. Il apparaît même à plusieurs reprises. On vous présente dans une vitrine les objets-types qui exaltent ce beau sentiment: poèmes sous verres, ustensiles de ménagère, cartes des années 20 où les tourtereaux ont les joues rosies au pastel, robes de mariées jaunies: alors l'amour, c'est ringard? Pas du tout: la preuve avec les "salons d'amour" des Pays-Bas, où des associations offrent aux handicapés physiques l'occasion de faire l'amour (faire l'amour?). Alors l'amour c'est l'anarchie? Non, voyez tous les exemples de familles présentées un peu plus loin; on se croirait un peu chez les Groseille et il est surtout question de monotonie et de déchirements, mais après?
Sinon, sur les 10 mètres qui vous conduisent vers la porte de sortie, on se met soudainement à vous parler de toutes les initiatives de solidarité qui naissent dans nos villes pour réunir les gens et lutter contre la solitude ou le handicap.
Eh ben voilà! C'est beau l'amour…
Commentaires
Peut-être que je serai là bas à cette période, ça a l'air intéressant, quoique peut-être un peu trop "engagé".
Merci en tout les cas pour cet article très complet je trouve.