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Fans de cinéma, Gigolette vous emmène ce soir… au théâtre!
Rendez-vous sur les Champs, dans une salle de spectacles chère à Robert Hossein, pour assister à ce régal qu'est la pièce Votre serviteur Orson Welles.
Le rideau s'ouvre sur un studio d'enregistrement plutôt austère; un jeune ingénieur du son s'escrime à mettre en boîte des bandes-son de documentaires ou de spots publicitaires pour des laxatifs ou de la nourriture pour chats.
Sa "voix", c'est celle d'un géant grisonnant, fatigué, toussottant, volontiers râleur; une voix légendaire, pourtant, celle d'Orson Welles. Qui va sortir de l'ombre pour nous raconter, pendant près de deux heures, son existence hors du commun qui l'aura mené des lumières de Hollywood jusque dans l'anonymat le plus complet de ce petit studio miteux.
Tour à tour tonitruant du haut de sa haute stature, effondré dans son fauteuil ou sur le ton posé de la conversation, il évoque sa carrière d'enfant prodige du cinéma, ses rencontres avec les plus grands, nous raconte ses succès comme ses échecs, nous régalant au passage des bons mots dont il se délectait, nous gratifiant volontiers de récits croustillants de tournages ou de représentations.
Il nous offre également de beaux moments d'émotion, quand il se remémore ses combats contre un racisme encore très virulent dans le sud du pays, lorsqu'il voit ses plus fidèles amis l'abandonner, ou qu'il souligne la fragilité de l'actrice Rita Hayworth qui fut son épouse et pour laquelle il gardera jusqu'à la fin une profonde affection.
Comme on peut s'y attendre, il ne manque pas non plus de mentionner avec une amertume teintée de rancœur ses démêlés avec les journalistes, ni d'égratigner le petit monde du cinéma qui fut parfois si cruel avec lui, jusqu'à le renier définitivement pour ses emportements ou ses prises de position politiques; il renchérit en parlant de ses soucis pécuniaires qui n'auront pas cessé de le poursuivre, depuis ses balbutiements au théâtre jusqu'à cette pièce d'Othello qu'il ne parvient pas à financer, puisque même Spielberg renonce cette fois à lui accorder sa confiance.
Au cours de ce monologue à la fois touchant, passionnant et drôle, c'est tout un pan de l'histoire du cinéma que soulève pour nous le personnage. Avec une vivacité étonnante pour laquelle on se doit de rendre hommage au comédien qui tient le rôle principal, Jean-Claude Drouot. Avec la classe que lui confèrent sa stature titanesque, son impeccable costume trois-pièces et son chapeau vissé en biais sur sa trogne de fumeur de havanes, il incarne à merveille le géant indomptable du septième art, nous donnant envie de compatir à ses désillusions, de partager ses révoltes, et… de revoir ses incontournables chefs-d'œuvre. Merci l'artiste.
Votre serviteuse, Gigolette.
Votre serviteur Orson Welles
Adaptation par J. Collard d'une pièce de R. France, avec J.-C. Drouot et Serge Le Lay.
Théâtre Marigny, Paris 8ème
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