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Littérature

Vendredi 22 avril 2005

 

Le voyage de Monsieur Raminet
Daniel Rocher
Ed. Motifs

Bien qu'il fasse beau aujourd'hui, voilà un petit livre plein de tendresse qui ne pourra que vous rendre gai s'il pleut demain. Je vous rassure, la météo prévoit du soleil.
Le moral est au beau fixe pour tout le monde, et bien soyons encore plus heureux avec ce petit bijou. Et pour ceux qui ont un coup de cafard, cela arrive, je suis sûre que Monsieur Raminet arrivera à vous rendre le sourire. Si, si, imaginez-vous auprès d'un petit homme d'une soixantaine d'années, un noeud papillon, veste à carreaux et pourquoi pas une canne à la main, ne manquant pas d'assurance, au langage soutenu et répondant au nom de Monsieur Raminet, Pussy pour les intimes.

 

Vous y êtes, alors maintenant imaginez-le prenant sa retraite, passant son permis de conduire et se lancer à l'aventure sur les routes de France en direction de Saint Malo. (Ouh là, je viens d'imaginer Monsieur Raminet en maillot de bain, toujours avec son noeud papillon !!!!). Le décor est posé ? Et bien lâchez désormais, au travers de son chemin, une pétulante auto-stoppeuse Américaine pleine de vie, spontanée, au rôle aussi attachant que celui de Pussy (oui, entre temps, je suis devenue une intime !).

 

Mélangez le tout et l'aventure peut commencer ... un duo que j'aurais aimé  rencontrer sur une aire d'autoroute lors de mes précédentes vacances.

 

Une petite mise en bouche :

 

"Monsieur Raminet opta donc pour l'autoroute. Considérant qu'il se trouvait aux commandes d'une voiture "moyenne", n'ayant garde, en outre, d'oublier qu'il avait "90 aux fesses", choisit de rouler sur la voie du milieu à exactement quatre-vingt dix kilomètres à l'heure. Cette sagesse fut immédiatement saluée par tous ceux qui, dans leurs véhicules, gros, petits, à deux ou à quatre roues, le dépassaient, sur la droite ou sur la gauche, en ne manquant pas d'actionner d'infinies variétés d'avertisseurs, trompes, cornes de brumes, tout en se livrant à des gestes particulièrement chaleureux : avant-bras repliés, et autres cordiales démonstrations. Monsieur Raminet répondait à chacun par un sourire et par un signe de tête approbateur, ce qui avait pour effet de redoubler les gesticulations de ses coreligionnaires. "Vraiment, songea-t-il, l'attention que me portent tous ces gens qui ne me connaissent pas est émouvante! Certes, comme je l'ai entendu dire, la route est une grande famille! "  

 

 

Par Esther
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Vendredi 29 avril 2005

Mon chat le plus bête du monde.
Texte et illustrations de Gilles Bachelet.



Des illustrations cocasses, une histoire géniale de par sa simplicité, cet album fait parti de ceux que j’aurai aimé avoir étant gosse. Je n’ai pas à me plaindre, moi, j’avais la carotte. Si, si, c’est vrai. Allez chiche, je la retrouve et vous la met en photo.

Trêve de plaisanteries, revenons à notre chat dont beaucoup seront tentés d’y voir un éléphant, mais regardez-y de plus près et je vous assure que ce soi-disant éléphant à toutes les caractéristiques d’un chat !! D’ailleurs, si ce n’était pas un chat mais un éléphant, expliquez-moi comment Gilles pourrait vivre dans sa garçonnière avec un aussi gros animal ? Alors !!!

D’ailleurs arrêtons-nous un peu sur Gilles.

 

Gilles vit seul : pour preuve : sa salle de bain (photo à l’appuie...) est truffée d’indices. Tout d’abord, jamais, au grand jamais, une femme ne laisserait le tube de dentifrice ouvert. Bon, et indice encore plus flagrant : le gobelet n’héberge qu’une seule brosse à dent et cela depuis un petit moment vu l’état du seau !


 

Gilles est un artiste : cela, on le savait déjà, et là encore son intérieur nous le prouve : piano, œuvres d’art (amphores, sculptures dont une de Nikki de Saint Phalle, tableaux et là, grande question : impossible de savoir de quel artiste il s’agit !!! Si jamais quelqu’un pouvait m’éclairer…)

 

Plus sérieusement, Gilles Bachelet s’est déjà fait remarqué pour son précédent ouvrage « Le singe de Buffon » tout aussi loufoque dans lequel il rendait hommage à ce naturaliste. Cet album avait d’ailleurs obtenu un prix. Il en sera de même pour « Mon chat le plus bête du monde » qui a reçu le prix Baobab de l’album 2004.

 

Une Bonne idée cadeau …

 

Par Esther
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Dimanche 12 juin 2005

                  

                                                          

Bruno Schulz (Polonais) avait tout juste 50 ans lorsqu’il nous a quitté.

Cet auteur fait partie de ces hommes qui ont eu cette malchance de naître dans les années 1880-1890. Trop jeune pour combattre durant la première guerre mais assez mûr pour comprendre les événements, la peur, la souffrance, ils auront l’âge durant cette période hors norme qu’est celle de l’entre deux guerre de laisser leur verve s’exprimer. Quasiment tous les écrits de cette époque s’inspirent de ce cataclysme.

Puis après l’ « euphorie », tous ces jeunes hommes seront cuit à point pour, à leur tour, se lancer corps et âme dans une seconde guerre. Celle-ci nous privera, parmi tant d’autres, d’un grand auteur, dessinateur, peintre et graveur. C’est tué par un SS en 1942, victime d’une rivalité sordide entre officiers nazis, qu’il quittera le monde.

 

N’ayant pas comme première volonté de nous transmettre un héritage écrit, c’est par hasard qu’il en est venu à la littérature. Ainsi, ses deux œuvres : « Les boutiques de cannelle » et « Le sanatorium au croque-mort » sont avant tout des lettres envoyées à un ami avec pour objectifs de lui raconter sa vie quotidienne ainsi que celle de sa famille, son entourage…

L’univers de Bruno Schulz reflète la période dans laquelle il évolue : instable, en perpétuelle mouvement. Ces textes évolues dans une atmosphère de rêve, met en avant la figure emblématique du père. C’est dans le royaume fantastique et mystérieux de l’enfance qu’il trouve son inspiration : les boutiques de cannelle magiques, les ruelles en labyrinthe, les façades lézardées de la rue du Crocodile.

Et comme bien d’autres passionnés de Bruno Schulz, je croise les doigts pour qu’un jour, par pur miracle, les ébauches de son dernier livre, malheureusement disparues, refassent surface.

 

Bruno Schulz, comme je l’ai notifiée plus haut, était également peintre, graveur et dessinateur. Une magnifique exposition "Bruno Schulz, la République des rêves" a eu lieu au Musée d’art et d’histoire du judaïsme (Paris). Pour ceux qui n’ont pas eu le réflexe d’aller voir cette exposition, vous pouvez plonger dans l’univers de Schulz grâce au catalogue de l’exposition « La république des rêves » ou bien encore grâce à son recueil de planches dessinées dans les années 1920 et 1930, « Le livre idolâtre ».Vous y découvriez ainsi le monde troublant et singulier de ce dessinateur : scènes d’amour ou d’adoration fétichistes, fantasmagories érotiques, apparitions féminines dominatrices…

 

Je ne vous en dirais pas plus à part vous inciter à découvrir cet homme si ce n’est déjà fait.

Encore une petite chose, seule aimeront ceux qui savent s’évader…

 

 

Extrait

 

 

«Les boutiques de cannelle »

 

 

"Tante Agathe maugréait. C'était là le ton général de sa conversation, la voix même de cette viande blanche et fertile qui paraissait déborder de son corps et éprouver la plus grande difficulté à se maintenir dans les limites d'une forme individuelle, prête à tout moment à se tronçonner, à bourgeonner, à se multiplier en famille.
On aurait dit que sa féminité se passait aisément de fécondation, et qu'il eût suffi d'un arôme un peu masculin, d'une vague odeur de tabac, d'une blague un peu grivoise pour qu'elle se mît aussitôt à proliférer luxurieusement. En fait, ses récriminations continuelles contre son mari, ses domestiques, sa sollicitude harassante à l'égard des enfants, tout cela n'était que caprices de sa fécondité insatisfaite, prolongement naturel de cette coquetterie insupportable, hargneuse et larmoyante, don elle harcelait sans cesse son mari. L'oncle Marc, petit, recroquevillé, au visage parfaitement asexué, semblait résigné à sa faillite et se tenait immobile à l'ombre d'un mépris infini qui devait lui sembler bien reposant. Dans ses yeux gris couvait la braise lointaine du jardin, tamisée par les vitres de la fenêtre. De temps en temps, il essayait timidement de faire front, mais la vague de l'omnipotence féminine balayait ce geste insignifiant et triomphalement passait outre, noyant sous un flux impétueux les faibles soubresauts de la virilité.
Il y avait quelque chose de tragique dans cette fécondité débraillée : la misère d'une créature se débattant entre le néant et la mort, l'admirable courage de la femelle triomphant de l'insuffisance du mâle. Mais la progéniture était là pour prouver le bien-fondé de cette panique maternelle, de cette furie d'enfanter qui s'épuisait en produits malvenus, en une génération éphémère de fantômes exsangues."
"Les faibles soubresauts de la virilité" : ça c'est de l'alexandrin !

 

 

Par Esther
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Lundi 13 juin 2005

 

Le libraire      Le Libraire

                                    Régis de Sa Moreira

                                    Au Diable Vauvert

 

 

Le 9 septembre 2004 paraissait en librairie « le Libraire » de Régis de Sa Moreira, un tout jeune auteur né en 1973.

 

« Le libraire » est son troisième roman et m’a beaucoup touché, aussi bien pour son humour, pour sa grâce que pour sa simplicité incroyable qui vous plonge dans un univers bien singulier qui me ressemble tant. L’amour des livres, la place importante qu’ils prennent dans votre vie, les tisanes, la joie du métier, l’envie de faire découvrir, cette faculté d’abandon, de départ, ce plaisir de vivre autant de vies, cette fuite du monde réel.

 

D’ailleurs une thérapie s’impose à moi, j’ai parfois tendance à mélanger ma vie réelle et celle que me procurent mes lectures. Je ne me confonds pas avec des personnages irréels, mais il m’arrive de me demander si telles événements se sont véritablement passés dans mon entourage où si c’était pure fiction. Mais je m’écarte du sujet.

 

J’en reviens au « Libraire » qui pour le coup me passionnerait s’il était réel !! Ce libraire farfelu doit bien exister quelque part. Un personnage tout triste qui a plus de respect pour les livres que pour les êtres humains, un homme qui vit sur une autre planète, qui vit au rythme des « poudoupoudou », qui a peur des couples car il se sent incapable d’avoir une liaison suivie. Au bout de la troisième, il a définitivement laissé tomber ! Franchement est-ce que cet homme n’est pas à rencontrer ?...

 

Une pure merveille dont en voici un extrait pour vous montrer le côté très décalé mais génial de ce livre. Tout est compréhensible et pourtant… Attention faut mettre le ton convenu…

 

POUDOUPOUDOUPOUDOU

 

Le libraire lâcha le livre et son regard se ficha. Il eut un mouvement vers son escalier, puis il soupira et resta assis.

 

Il les entendit avant de les voir, sans distinguer les paroles qu’ils s’adressaient, s’entr’adressaient, et s’auto-adressaient ;

 

 

« coupli coupli coupla, coupli coupli couplo… »

 

 

Le libraire sentit la méchanceté monter en lui. Le couple s’approcha, leurs –ou plutôt ses- paroles aussi.

 

«Coupli coupli coupla ? »

 

« Coupli coupli couplo …

 

« Couplalalala.

 

« Couplo, couploplo ? 

 

« Coupla, couplipli…

 

« Oh… Coupli !

 

« VOUS CHERCHEZ QUELQUE CHOSE ?

 

Le couple sursauta et se retourna.

 

« Couplo ?...

 

Le libraire avait fait le tour de sa librairie en passant par les allées et prenait le couple à revers depuis la porte d’entrée.

 

« Coupli coupli… 

 

« Couplapla couplala…

 

«QUEL LIVRE ? gronda le libraire.

 

« Couplo … Coupla coupli…

 

Le couple essaya de s’approcher de la porte mais le libraire en bloquait totalement l’accès

 

« UN LIVRE POUR LES COUPLES ? »

 

« Coupliii…

 

« Coupla ?...

 

« Coucoupli…

 

« QUOI ?

 

« Couplaplopli…

 

« J’AI UN TRES BON LIVRE SUR LES CHARS DE COMBATS ! »

 

(Le libraire mentait.)

 

« Couplo ?...

 

« Ah… coupla…

 

« Couplopla…

 

« MAIS JE NE LE VENDS PAS ! »

 

« Couplo.

 

« Coupla.

 

« Coupli coupli…

 

« JE VOUS OUVRE LA PORTE ?...

 

« Coucoupli…

 

« Oh… couplopla…

 

Le libraire ouvrit la porte de sa libraire…

 

« ADIEU !

 

« Coupla…

 

« Couplo couplo…

 

Et la referma.

 

Par Esther
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Lundi 4 juillet 2005

Rentrée littéraire 2005 : les voilà!!


La joie des rentrées littéraires… notre stock de drogue pour les quelques mois à venir va enfin grossir, le manque commençait à se faire ressentir. Tourner autour des tables depuis un mois et se dire que l’on a déjà tout regarder mais retourner tout de même dans tous les sens les ouvrages pour en extirper peut-être une découverte est lassant à force.

Restockage en vue, les libraires sont dans tous leurs états, moi la première. Je vais donc me laisser immerger par cette rentrée littéraire et découvrir pour vous et mes clients avant tout, les livres qui vont prendre places sur nos tables à partir de fin août. En espérant faire une belle découverte en ce qui concerne les premiers romans. Je pense que tout libraire a pour passion de mettre en avant la future étoile montante. 

 

Pour ce qui est des premiers romans, une petite liste d’auteurs me semblent sortir du lot. Attention, ce n’est qu’un premier tri en fonction des dires et non en rapport avec mon propre avis personnel. Je n’ai pas encore eu ces livres entre mes mains.

- Bertina Henrichs « la joueuse d’échecs », Liana Levi. (02/09)
- Thierry Laurent « Mordre », Editions Héloïse d’Ormesson. (25/08)
- Thomas Lélu « Je m’appelle Jeanne Mass », Léo Scheer (02/09)

 

Les romans attendus de cette rentrée pour moi :

José Carlos Somoza : « La dame n°13 » (02/09). Je le dévore dès que je l’ai entre les mains, il va falloir que je patiente un peu car l’une de mes collègues est déjà entrain de le dévorer tout cru…

Philippe Claudel : « La petite fille de Monsieur Linh » (28/08). Lu et très apprécié. Son meilleur, l’idée est tout simplement génial et très bien maîtrisée. A découvrir sans crainte.

Jean Hatzfeld : « La ligne de flottaison » (26/08). On y plonge avec beaucoup de plaisir. Un livre touchant et sincère.

Pour me faire une autre idée d’Alexandre Jardin, qui n’est pas un des auteurs que j’apprécie le plus, je lirais son nouveau roman « Le roman des Jardin », apparemment salué par livre hebdo comme « une parfaite réussite ». Ma curiosité en prend un coup.
Un petit aparté, lisez « Le nain jaune» de Pascal Jardin (le père) qui est une pure merveille.  

Philippe Besson : « Un instant d’abandon », malheureusement, il m’est tombé des mains. On ne peut pas toujours être au rendez-vous des bons livres…

David Foenkinos : « En cas de bonheur »
Clémence Boulouque : « Chasses à courre »
Pierrette Fleutiaux : « Les amants imparfaits »
Thomas Reverdy : « Le ciel pour mémoire »
Pierre Péju : « Le rire de l’ogre ».

http://www.trygee.com/forumvdl/viewtopic.php?t=4

Par Esther
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