L'Amour Médecin et Le Sicilien ou l'amour peintre
Molière/Lully
Comédie Française, salle Richelieu, du 9 avril au 12 juillet.
Accompagnée de trois charmants hommes, les portes de la Comédie Française se sont de nouveaux ouvertes à moi. Plaisir des yeux, une atmosphère qui ne vous laisse jamais indifférente, c'est, parcourue de frissons que je me suis laissée entraîner dans le monde de Molière et de Lully.
Un évènement en soi puisque ces deux pièces n'ont pas été mis en scène depuis longtemps : 1931 en ce qui concerne "Le Sicilien", 1956 pour "L'Amour Médecin". L'attente aura été de bonne augure puisque c'est avec grand art que deux grands spécialistes du baroque ont collaboré de nouveau ensemble : William Christie à la tête des Arts Florissant (chanceux que nous sommes ! cet orchestre est tout de même la fine fleur de l'interprétation de la musique baroque en Europe.) pour la musique et de Jean-Marie Villégier pour la mise en scène.
Une mise en scène moderne qui ne manque pas de tonus. Ainsi, dans un maelström tout en couleur : art de la scène, danse, musique et théâtre se donnent la réplique pour notre plus grand plaisir.
Ces deux farces, d'une heure environ chacune, sont d'esprit différente : "L'Amour Médecin" se situe dans une époque intemporelle, les intermèdes musicaux sont localisés entre les actes ; "Le Sicilien" place l'action dans les années 50, âge d'or des comédies musicales où danse, musique et comédie se font la cour.
Par contre le thème de l'amour plane au dessus de ces deux pièces ainsi que les airs de Lully bien évidemment. Ainsi dans "L'Amour Médecin", nous sommes en compagnie de Lucinde, être loufoque mais non sans malice, qui est bien décidée à se marier malgré le refus de son père. Entre alors en scène Lisette (pleine d'humour cette servante) avec un stratagème afin d'obtenir l'accord du père.
"Le sicilien ou l'Amour Peintre" continu sur cette lancée d'amour désespéré. D'un côté : Adraste, fou amoureux d'Isodore, belle esclave grecque. De l'autre, Dom Pèdre, le Sicilien qui vient d'affranchir cette dernière en vue de l'épouser.
Le stratagème d'Adraste pour faire succomber sa déesse ? ... se faire tout simplement passer pour un peintre à la Michou lorsque Dom Pèdre commande le portrait de sa promise.
Un bémol pour cette pièce : être bien placé étant donné que l'action se déroule sur le côté gauche de la scène ce qui se traduit par une vision inexistante pour les spectateurs qui se trouvent dans les corbeilles gauches.
Extrait
"L'Amour Médecin"
Acte II, scène première
Sganarelle, Lisette
Lisette
-"Que voulez vous donc faire, Monsieur, de quatre médecins. N'est-ce pas assez d'un pour tuer une personne ?."
Sganarelle
-"Taisez-vous. Quatre conseils valent mieux qu'un."
Lisette
-"ESt-ce que votre fille ne peut pas bien mourir sans le secours de ces messieurs là ?"
Sganarelle
-"Est-ce que les médecins font mourir ?"
Lisette
-"Sans doute : et j'ai connu un homme qui prouvait par bonnes raisons, qu'il ne faut jamais dire :"une telle personne est morte d'une fièvre et d'une fluxation sur la poitrine", mais "elle est morte de quatre médecins et de deux apothicaires".
[...]
Sganarelle
-"Voulez-vous vous taire ? Vous dis-je. Mais voyez quelle impertinence ! Les voici."
Lisette
-"Prenez garde, vous allez être bien édifié : ils vous diront en latin que votre fille est malade."
Extrait
Acte II, scène première
Adraste, Hali
Adraste
-"Aussi ne crois-je pas qu'on puisse voir personne qui sente, dans son coeur, la peine que je sens : car, enfin, ce n'est rien d'avoir à combattre l'indifférence, ou les rigueurs d'une beauté qu'on aime; on a, toujours, au moins, le plaisir de la plainte, et la liberté des soupirs. Mais ne pouvoir trouver une occasion de parler à ce qu'on adore; ne pouvoir savoir d'une belle, si l'amour qu'inspirent ses yeux, est pour lui plaire, ou lui déplaire; c'est la plus fâcheuse, à mon gré, de toutes les inquiétudes [...]"
Hali
-"Mais il est , en amour, plusieurs façons de se parler; et il me semble, à moi, que vos yeux, et les siens, depuis près de deux mois, se sont dit, bien des choses."
Adraste
-"Il est vrai qu'elle, et moi, souvent, nous nous sommes parlé des yeux : mais comment reconnaître que chacun, de notre côté, nous ayons, comme il faut, expliqué ce langage ? Et que sais-je, après tout, si elle entend bien tout ce que mes regards lui disent ? Et si les siens me disent ce que je crois, parfois, entendre ?"
Hali
-"Il faut chercher quelque moyen de se parler d'autre manière."
Je vous mettrai bien un air de Lully mais le mieux est encore, pour plus en profiter, d'acheter un CD de Lully comme je m'apprête à le faire.

Amadeus
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