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Théatre / Spectacle

Samedi 23 avril 2005

L'Amour Médecin et Le Sicilien ou l'amour peintre
Molière/Lully

Comédie Française, salle Richelieu, du 9 avril au 12 juillet.

 

Accompagnée de trois charmants hommes, les portes de la Comédie Française se sont de nouveaux ouvertes à moi. Plaisir des yeux, une atmosphère qui ne vous laisse jamais indifférente, c'est, parcourue de frissons que je me suis laissée entraîner dans le monde de Molière et de Lully.

Un évènement en soi puisque ces deux pièces n'ont pas été mis en scène depuis longtemps : 1931 en ce qui concerne "Le Sicilien", 1956 pour "L'Amour Médecin". L'attente aura été de bonne augure puisque c'est avec grand art que deux grands spécialistes du baroque ont collaboré de nouveau ensemble : William Christie à la tête des Arts Florissant (chanceux que nous sommes ! cet orchestre est tout de même la fine fleur de l'interprétation de la musique baroque en Europe.) pour la musique et de Jean-Marie Villégier pour la mise en scène.

Une mise en scène moderne qui ne manque pas de tonus. Ainsi, dans un maelström tout en couleur : art de la scène, danse, musique et théâtre se donnent la réplique pour notre plus grand plaisir.

Ces deux farces, d'une heure environ chacune, sont d'esprit différente : "L'Amour Médecin" se situe dans une époque intemporelle, les intermèdes musicaux sont localisés entre les actes ; "Le Sicilien" place l'action dans les années 50, âge d'or des comédies musicales où danse, musique et comédie se font la cour.

Par contre le thème de l'amour plane au dessus de ces deux pièces ainsi que les airs de Lully bien évidemment. Ainsi dans "L'Amour Médecin", nous sommes en compagnie de Lucinde, être loufoque mais non sans malice, qui est bien décidée à se marier malgré le refus de son père. Entre alors en scène Lisette (pleine d'humour cette servante) avec un stratagème afin d'obtenir l'accord du père.
"Le sicilien ou l'Amour Peintre" continu sur cette lancée d'amour désespéré. D'un côté : Adraste, fou amoureux d'Isodore, belle esclave grecque. De l'autre, Dom Pèdre, le Sicilien qui vient d'affranchir cette dernière en vue de l'épouser.
Le stratagème d'Adraste pour faire succomber sa déesse ? ... se faire tout simplement passer pour un peintre à la Michou lorsque Dom Pèdre commande le portrait de sa promise.
Un bémol pour cette pièce : être bien placé étant donné que l'action se déroule sur le côté gauche de la scène ce qui se traduit par une vision inexistante pour les spectateurs qui se trouvent dans les corbeilles gauches.

 

Extrait
"L'Amour Médecin"
Acte II, scène première
Sganarelle, Lisette

Lisette
-"Que voulez vous donc faire, Monsieur, de quatre médecins. N'est-ce pas assez d'un pour tuer une personne ?."

Sganarelle
-"Taisez-vous. Quatre conseils valent mieux qu'un."

Lisette
-"ESt-ce que votre fille ne peut pas bien mourir sans le secours de ces messieurs là ?"

Sganarelle
-"Est-ce que les médecins font mourir ?"

Lisette
-"Sans doute : et j'ai connu un homme qui prouvait par bonnes raisons, qu'il ne faut jamais dire :"une telle personne est morte d'une fièvre et d'une fluxation sur la poitrine", mais "elle est morte de quatre médecins et de deux apothicaires".

[...]

Sganarelle
-"Voulez-vous vous taire ? Vous dis-je. Mais voyez quelle impertinence ! Les voici."

Lisette
-"Prenez garde, vous allez être bien édifié : ils vous diront en latin que votre fille est malade."

 

Extrait
Acte II, scène première
Adraste, Hali

Adraste
-"Aussi ne crois-je pas qu'on puisse voir personne qui sente, dans son coeur, la peine que je sens : car, enfin, ce n'est rien d'avoir à combattre l'indifférence, ou les rigueurs d'une beauté qu'on aime; on a, toujours, au moins, le plaisir de la plainte, et la liberté des soupirs. Mais ne pouvoir trouver une occasion de parler à ce qu'on adore; ne pouvoir savoir d'une belle, si l'amour qu'inspirent ses yeux, est pour lui plaire, ou lui déplaire; c'est la plus fâcheuse, à mon gré, de toutes les inquiétudes [...]"

Hali
-"Mais il est , en amour, plusieurs façons de se parler; et il me semble, à moi, que vos yeux, et les siens, depuis près de deux mois, se sont dit, bien des choses."

Adraste
-"Il est vrai qu'elle, et moi, souvent, nous nous sommes parlé des yeux : mais comment reconnaître que chacun, de notre côté, nous ayons, comme il faut, expliqué ce langage ? Et que sais-je, après tout, si elle entend bien tout ce que mes regards lui disent ? Et si les siens me disent ce que je crois, parfois, entendre ?"

Hali
-"Il faut chercher quelque moyen de se parler d'autre manière."

 

Je vous mettrai bien un air de Lully mais le mieux est encore, pour plus en profiter, d'acheter un CD de Lully comme je m'apprête à le faire.

Par Esther
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Dimanche 22 mai 2005

Le Tartuffe ou l’Imposteur

 

Mise en scène : Marcel Bozonnet

Comédie Française

Salle Richelieu

Durée : 3h15

Du 21 mai au 18 juillet 2005

 

 

Quelle déception … et encore le mot est faible. Alors que « l’amour médecin » et « Le Sicilien ou l’amour peintre » étaient d’une grande fraîcheur, drôle, inventif aussi bien que dans les décors, les costumes que dans une mise en scène truculente, le Tartuffe est d’une langueur telle, que les bâillements étaient de mises ce soir là.

 

Je ne me permettrais pas de critiquer les comédiens, disons juste que les fabuleux Laurent Stocker et Catherine Hiegel rehaussaient le spectacle. Mais comment voulez-vous que les acteurs se surpassent sur une mise en scène aussi plate. Loin d’être comique, c’est plutôt au milieu d’une tragédie grecque que j’ai essayé d’oublier le monde qui m’entourait pour me plonger dans Tartuffe. Mais rien n’a réussi à me faire rentrer dedans. Des répliques déclamées maladroitement pour certains et à n’en plus finir, des acteurs loin d’utiliser l’espace offert pas cette scène …

 

Non, les petits frissons qui montent le long du corps tout au long de la pièce n’étaient pas au rendez-vous ce soir là. L’explication vient non seulement de la pièce mais également des spectateurs qui n’étaient pas en osmose. En fait, si, chacun se communiquait se lassitude bien avant la fin de la première partie.

 

Pour nous, la soirée a pris fin à l’entracte. Voyant souffrir mon jeune frère, j’ai mis fin à ses souffrances. Ma plus grande déception vient d’ailleurs du fait que c’était pour lui sa grande première et qu’il va, je pense, en garder un très mauvais souvenir. J’ai bien sûr essayé de lui démontrer le contraire mais je ne pense pas être arrivée à mes fins.

 

J’attends désormais, avec grande impatience, les critiques. A suivre …

Par Esther
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Jeudi 16 juin 2005

Des cailloux plein les poches"

Une succession d’adjectif élogieux pour décrire la prouesse théâtrale serait platement stérile mais nous allons quand même en garder un : époustouflant !

Quelques secondes suffisent pour comprendre que les deux acteurs par leur talent vont nous offrir une joyeuse ivresse irlandaise. A eux deux, ils jouent une dizaine de personnages, les émotions fusent, l’énergie qui se dégage transporte le spectateur bien loin de la rue des Mathurins… Ce tourbillon nous emporte dans une histoire, celle de Charlie et de Jack. Figurants dans une grosse production hollywoodienne, ils font l’expérience humaine ou inhumaine de la toute-puissance du dollar. C’est l’heure des espoirs perdus, des cœurs cassés et de la contestation d’un village…

Le spectateur en sort tout retourné, épuisé par la performance scénique d’Eric Métayer (meilleur comédien au molière 2004) et d’Elrik Thomas.
Il n'est pas nécessaire d'être amateur de théâtre pour apprécier ce moment. Dans le public, nous trouverons certainement des personnes qui auront le sentiment de repartir les poches vides (la place est à 23 €), d’autres la tête pleine de musiques irlandaises… Et ceux qui pensaient venir les poches pleines de cailloux à la place des tomates pourries, reviendront le bouquet de fleurs à la main.

Théâtre Michel
38 rue des Mathurins
75009 Paris
Prix des places : 23 € et 32 €

Par Anne-Marie
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Lundi 20 juin 2005

Amadeus

Pièce de Peter Shaffer
Mise en scène de Stéphane Hillel
Avec Jean Piat, Lorànt Deutsch, Marie-Julie Baup, Gérard Caillaud…
Du 21 janvier au 30 juin 2005
Théâtre de Paris

 

 

 

 

 

 

 


La soirée commençait mal : embouteillage, signalisation parisienne étouffante, conducteurs stressants et stressés, l’heure approchait et 500 mètres interminables nous séparaient encore du Théâtre de Paris.

L’excitation était présente, l’énervement, un peu également pour ce rendez-vous sensationnel avec une pièce qui ne s’était pas jouée depuis 23 ans.
Petit retour en arrière, 1982, la première représentation a lieu au théâtre de Marigny. Roman Polanski jouait Mozart face à François Périer dans le rôle de Salieri.
1984, Milos Forman en tire un film.
Et plus rien… N’étant présente ni à l’une ni à l’autre, je n’aurais manquée pour rien au monde cette représentation.

Nous pénétrons enfin dans la loge, le spectacle est commencé depuis quelques minutes. Je prends toutefois le temps de jeter un coup d’œil à ce lieu que je découvre pour la première fois. La salle est petite, pleines … mais attirée par le jeu magnifique de Jean Piat dans le rôle de Sialeri, ma concentration ne fera plus qu’un avec la scène.

Lorànt Deutsch (Mozart) fait son entrée. Une très belle performance prend alors place dans cette confrontation entre ces deux générations, un grand monsieur et un tout jeune acteur que l’on découvre sur les planches dans un rôle qui lui va à la perfection. Il en fait, certes, un peu trop, et beaucoup s’arrêteront sur ce Mozart infantilisé au plus au point. Des répliques modernisées pour l’occasion, je pense éventuellement à l’une d’entre elles qui dénotent avec la pièce. Mozart se meurt, Salieri se confesse dans un très beau plaidoyer et la réplique grinçante « mais il est bourré »… a tendance à nous ramener dans la réalité de Lorànt Deutsch. Quoiqu’il en soit, à part quelques petites maladresses, ce rôle lui va comme un gant.

Il en est de même pour Jean Piat qui nous prouve à près de 80 ans son immense talent et son incroyable jeunesse. Je l’ai trouvé époustouflant et suis très ravie d’avoir pu rencontrer ce futur mythe.

La salle rie, elle s’amuse et retient son souffle.
Du grand art : une mise en scène à vous couper le souffle qui laisse place à l’imagination, une bonne humeur des comédiens qui déteint sur nous, l’utilisation de l’espace comme il se doit, des costumes d’époque, un jeu de lumière approprié et enfin, de doux airs de Mozart qui vous enivrent.

Un pur moment de bonheur.

Par Esther
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Jeudi 22 septembre 2005

 

                       

Montée par Samuel Benchetrit 
Avec Valérie Crouzet, Manuel Durand, Roger Dumas, Jean-Louis Trintignant. 

A l'affiche du 26 août
au 31 décembre 2005 (1H40)
Moins deux
Hébertot

78 bis, boulevard des Batignolles
75017  Paris

                                                              

Je vais dire quelques mots sur cette fameuse pièce qui fait beaucoup parler d’elle. Les critiques déclament à l’unisson qu’il s’agit d’une belle pièce. Elle serait audacieuse car elle installe « d’emblée sur le théâtre la mort » (Télérama n°2904)… Ah bon ? Le théâtre demeure et a toujours été la vitrine de notre monde. Et justement la mort est un sujet vieux comme le monde.

Les comédiens Roger Dumas et Jean-Louis Trintignant jouent merveilleusement. Mais cette tragi-comédie manque de cohérence. Télérama nous apprend que le dramaturge fait à la manière de Beckett, excusez du peu… Il semble que cela ne prenne pas. Se lancer dans l’absurde demande une maîtrise de l’écriture hors du commun sinon on tombe dans la gageure… Benchetrit n’a donc pas encore ce talent.

Il ne faut pas se leurrer. Les critiques sont dithyrambiques parce que la mort annoncée de ces deux personnages réveille dans la mémoire collective du spectateur la tragédie Trintignant. Toutes ses répliques engendrent un double sens, une dimension irradiante qu’aucun autre comédien ne serait en mesure de faire passer.

Jean-Louis Trintignant a un pouvoir de séduction, une magie théâtrale incontestable. Quant à son compagnon Roger Dumas, il dégage un charme détonant. Bien sûr ce couple se marie bien, le spectateur rit de bon cœur face à ce duo rocambolesque. Seul le scénario est bancale. Beaucoup d’invraisemblance qui culminent par du « théâtre dans le théâtre » : la pièce prend fin avec Oncle Vania de Tchekhov, à n’y plus rien comprendre !

Les critiques semblent perdre toute objectivité sous prétexte que Benchetrit et Jean-Louis Trintignant sont des pointures. Mais ce n’est pas rendre service à leur métier que de se jouer du bon sens du spectateur.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Anne-Marie
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