
Transportée par la musique, c’est avec un véritable attrait que j’ai découvert le tango mercredi soir au centre culturel Jacques Prévert de Villeparisis. Non, malheureusement, ce n’est pas moi qui me mouvais au rythme de cette danse si sensuelle et langoureuse. Non, moi, j’étais en compagnie d’une amie, dans une salle remplie de gens, sûrement amoureux de ce style de danse.
Danse, pas seulement, car le tango se chante et se joue. Ainsi, nos quatre jeunes couples de danseurs, tous plus beaux les uns que les autres dans de sublimes costumes, surtout en ce qui concerne ces dames puisque seule le corps de la femme est réellement mis en valeur dans des robes très sexy, étaient relayés soit par l’orchestre qui se situait sur la scène (violon, piano, basse, contrebasse et bandonéon), soit par un chanteur à la voix très chaude.
Je ne pensais pas que le tango pouvait être une danse au rythme effréné avec des jeux de jambes aussi magnifiques. Toute cette gestuelle coordonnée semble nous raconter une histoire. D’ailleurs en parlant d’histoire, je ne cessais de penser (attention, à cette soirée, j’étais dans les extrêmes) à l’ambiance du Parrain lorsque le chanteur prenait place, accompagné d’un couple. Tout comme j’attendais la réalisation d’une superbe « toupie », à l’exemple de Morticia et Gomez dans Les Valeurs de la Famille Adams. Pas de toupie mais de très belles figures tout de même.
Faisant quelques recherches sur le tango, je suis tombée sur le site de Wikipédia. Je ne peux résister à faire un copier coller de l’article consacré aux impressions de tango. L’ambiance y est posée et après cette lecture, il est difficile de résister à apprendre cette danse.
Danser un tango, c’est plus que faire des pas ou des figures. Cest d'abord un ensemble de codes subtils, qu'il faut savoir gérer et découvrir, puis apprécier...
D'abord, en Argentine, l'homme invite la femme avec le « cabeceo », signe de tête ou regard discret qui permet à l'homme et à la femme, seuls, de savoir qui dit non ou qui dit oui. La femme qui refuse détournera la tête et le tanguero éconduit saura seul que l'invitation est déclinée, ce qui lui permettra de ne pas perdre la face, ceci constituant un spectacle rare et inoubliable pour l'aficionado européen de passage à Buenos Aires.
C’est un contrepoint d’expérience et de créativité, d’équilibre et de sensualité, de communication complice dans une séduction suggérée, une rencontre commençant dans le regard et se poursuivant dans l'« abrazo » (enlacement).
Et c’est à partir de cet enlacement étroit que s’installe, sans échanger un seul mot, la réciproque intention de se livrer.
Enserrant le buste de la femme, le bras droit de l’homme établit la distance et le mode de contact entre les deux corps qui commencent à se découvrir, à échanger, à mutuellement s’adapter, cherchant à se compléter, à s’ajuster, à se fondre en un seul : c'est l'« abrazo » ou étreinte.
Ensuite on attend 10-15 secondes, le temps (comme dit le milonguero) que la musique passe de l'oreille à la tête, puis gagne le coeur. Alors la musique se transmet aux pieds et la danse peut commencer.
Le couple danse en partageant les espaces, les pleins et les vides, écoutant le corps de l’autre, captant son émotion, son anxiété, sa surprise. Les partenaires ne se regardent presque pas et ne se parlent pas. S’ils le font c’est que le langage des corps a échoué.
Dialogue secret de questions et de réponses, parfois demande, parfois esquive, parfois exigence ou reserve, pudeur ou crainte.
Ils ne font qu’un, corps et âmes.
D’aucuns disent que pour danser un tango il faut être deux : pourtant deux ne suffisent pas. Dans cette communion, l’homme et la femme dansent accompagnés par la musique, attentifs au rythme et à la mélodie, et ce sont leurs sentiments qui la transforment en mouvement.
Ils dansent avec l’autre et pour l’autre. Ils dansent avec les autres couples dont ils partagent l’énergie. Ils dansent avec le sol qui leur transmet les vibrations des autres danseurs ; ils lui rendent en caresses l’appui qu’il leur donne.
Dans cet équilibre subtil des relations, aucun ne doit dominer. L’égoïste qui danse seul prive son partenaire de cette union tant désirée. Le couple qui s’isole le reste, se privant ainsi de recevoir le feu sacré des autres couples, tout comme il se refuse à apporter sa propre ardeur à la danse partagée. Ceux qui, seulement, s’exhibent trahissent leur intimité.
Mais quand tous ces élements sont réunis de manière égale, la communion est parfaite.
Mystère des corps en harmonie, magie du tango qui les mène à l’extase, émotion intense et totale, du corps et de l’âme. Ils aimeraient que ce tango dure toujours et que rien ne vienne interrompre l’enchantement.
Lorsque s’éteint la dernière note, ils restent enlacés pour quelques instants de plus.
Et quand l’expérience a dépassé l’habituel, les paroles sont inutiles. Ils se regardent presque avec pudeur, voire ne se regardent pas, ébranlés, presque effrayés, devant une telle émotion.


Après avoir discuté avec une personne de la comédie française, je voudrais vous faire part des faits vus de l’intérieur.
Tout d’abord, la notion de censure n’a pas lieu d’être étant donné qu’aucun contrat n’a été signé entre Peter Handke et la Comédie Française.
Certes, « Voyage au pays sonore ou l’Art de la question » a été retenu avec d’autres pièces. Durant un laps de temps, les auteurs, metteurs en scène et le responsable sont en pourparlers jusqu’à la date clé où la date de programmation est proclamée. A partir de ce moment, un contrat est signé et chacun (metteur en scène, comédiens …) passe à l’action. Ici, la pièce de Peter Handke n’a simplement pas été retenue.
Je dis « simplement » dans le sens où ce n’est pas la première fois ni la dernière qu’une pièce est laissée de côté. Il peut y avoir x raisons à ce choix.
Marcel Bozonnet aurait pu en trouver des toutes simples, mais il a préféré jouer franc jeu en disant la vérité sur son refus. Tout est à son honneur. Il est vrai qu’en agissant ainsi et en se frottant aux journalistes, il y avait des risques de choquer l’opinion public. Mais faut-il pour cela lui en vouloir d’avoir exprimé sa véritable opinion ?
Bruno Bayen (metteur en scène) était fin prêt, les comédiens également et rien ne présageait la mise au placard de la pièce de Peter Handke "Voyage au pays sonore ou l'art de la question". Pièce programmée du 17 janvier au 24 février 2007 au Théâtre du Vieux- Colombier. La pièce en elle-même n’est pas outrageante, c’est une œuvre poétique qui ne traite en aucun cas de la guerre en Ex-Yougoslavie. Par contre, il est vrai que la plupart de ses écrits sont une défense du nationalisme serbe. Et tout le problème vient de là : Peter Handke, de part ses positions pro-serbes, positions qui ont toujours été connues, a insisté à l’enterrement de Slobodan Milosevic, ex-président de la Serbie, mort lors de son procès pour génocide et crimes de guerre. Après des « déclarations » telles que « "Je suis heureux d'être près de Milosevic", il a "défendu le peuple serbe et c'est pour cela qu'il est différent de la majorité du reste du monde", plus d’uns ont fait des bonds, entre autre Marcel Bonzonnet qui après avoir réuni sa troupe, a décidé de ne pas jouer la pièce de Peter Handke.
Un vif débat a ainsi prit place entre ceux qui soutiennent Marcel Bozonnet tel le metteur en scène Olivier Py et ceux qui dénoncent un acte de censure. Un manifeste intitulé « Ne censurer pas l’œuvre de Peter Handke » a d’ailleurs été lancé et signé entre autre par Paul Nizon, Patrick Modiano, Elfriede Jelinek, la comédienne Bulle Ogier …
Quant au ministre de

Livres de Parole à la BNF : plus qu’un petit mois !!!
« N’ayez pas peur ! » (comme disait feu JP II), le but n’est pas de vous convertir à l’une ou l’autre religion. Seulement de vous faire découvrir la richesse de leurs livres sacrés, et encore une fois les conservateurs de la BNF ont fait très fort.
En préambule, on vous présente dans les grandes lignes les trois « religions du livre » pour vous remettre les idées en place, bandes d’impies que vous êtes. Certes, il y a une frise chronologique de 10m de long et une carte de géographie qui est loin d’être muette, mais personne ne vous interrogera à la sortie.
Puis vous êtes invités à vous balader dans trois espaces consacrés chacun à une religion ; on vous présente les textes principaux (différence entre Talmud et Torah ? Plus dur : entre les hadith et le fiqh ?), et la distinction sera faite entre les canons et les textes apocryphes, les textes sacrés et les lois, enseignements et autres commentaires. Parce que vous croyez, vous, que c’est facile de proposer un texte unique quand on ne dispose que de fragments éparpillés, notés sur un morceau d’omoplate de chameau, ou de palme ? Et même les manuscrits de la Mer Morte, quel puzzle !
Une fois les textes établis, se posera l’épineuse question du passage à l’écrit de la tradition orale : tandis que les Juifs s’arrachent les cheveux sur des problèmes de voyelles et de consonnes (vive la « massore »), les Arabes se déchaînent sur la ponctuation (une bonne occasion de balancer encore plus d’or et de rouge).
On se penche ensuite sur les problèmes qu’a pu poser la transmission des écrits : les religieux chrétiens ont d’abord écarté les traductions en français, refusant l’idée que les fidèles aient accès au texte ( !) ; quelque temps après, l’idée est admise, et l’une des Bibles va jusqu’à présenter sur une même page un même extrait dans une dizaine de langues. Ailleurs on pourra lire une note agacée d’un copiste qui prévient que ce qu’il présente a été traduit n’importe comment…
Comme tout cela n’est pas assez compliqué, nos scribes sont confrontés sans cesse aux dérapages de tout poil : la lutte est engagée contre le paganisme antique (on réapprendra la mythologie grecque à la sauce chrétienne : « eh, celle que vous avez prise pour Junon, c’était Marie ! »). Autre danger, chez les musulmans cette fois : l’imprimerie ; accusée de désacraliser les textes, elle fut longtemps interdite… De toute façon, rien de tel que le bon vieux manuscrit, dont les marges laissent libre cours aux innombrables commentaires !
Après le fond, la forme. Il faut savoir que, du moins dans le judaïsme et l’islam, aucune image de Dieu n’est admise (l’idolâtrie guette…), et c’est à travers la calligraphie, les enluminures, la mise en page et la qualité du support et des pigments que les croyants expriment leur foi. D’où la richesse inouie des pièces exposées; les bibliophiles (spéciale dédicace à JP) se délecteront à la vue des manuscrits hors d’âge, qu’ils soient en peau de serpent ou en épais parchemin ; qu’ils nécessitent un lutrin énorme ou une pochette de 3cm sur 2 ; qu’ils soient écrits en pattes de mouche (le terme n’est peut-être pas liturgique) ou en épaisses lettres d’or ; et ce, dans tous les idiomes possibles et inimaginables, du chinois à l’esquimau en passant par l’éthiopien !
Pour ceux qui ne sont pas très portés sur la littérature, rassurez-vous, il y a des illustrations ! Si, en chrétienté, on montre des saints tout auréolés, les personnages du Coran, eux, évoluent dans des halos de flammes ; et dans la Torah, pas de bonshommes, mais on pourra voir des versets entiers recopiés sous la forme de labyrinthes, de figures géométriques ou d’animaux. Limite lisible, mais c’est du travail d’orfèvre.
Et au détour d’une vitrine, preuve que l’histoire se répète parfois, une caricature de Mahomet dans un coin de marge…
Je vous vois venir, là : on a beau être sur un blog de libraire, les livres, ça va bien 5mn… Qu’à cela ne tienne, ils ont tout prévu à la BNF : voilà rassemblés plusieurs objets, rituels ou non, associés aux livres sacrés : plumes et encriers, mais aussi yad (main de lecture), mezouzah, et amulettes, sans oublier cette étonnante tunique talismanique, entièrement recouverte d’écritures.
Et enfin, pour ceux qui sont pris d’un irrépressible besoin d’interactivité, il y a aussi des postes informatiques, des interviews d’intellectuels, et des bornes musicales permettant d’écouter des chants religieux (ambiance…). Ah, j’allais oublier : l’expo se ferme sur un « puits de la connaissance » dont l’apport mystique m’a quelque peu échappé. Allez vous asseoir sur la margelle, et à défaut d’être touché par la grâce vous pourrez un peu détendre votre pauvre carcasse, et masser vos cervicales quelque peu endolories à cause de la hauteur des vitrines…
Nous voilà ramenés à des considérations bassement matérielles ; du coup j’en profite pour vous remercier de m’avoir lue jusqu’à la fin. Je sais, j’ai été longue, c’est qu’il y avait beaucoup à dire sur cette expo extraordinaire, qui ne peut qu’inciter, sinon à entreprendre de pieuses lectures, du moins à s’intéresser aux différentes religions, tant toutes s’égalent, du moins, dans la beauté de leur art.
Amen.

de Valère Novarina
A la Comédie Française.
3 ingrédients pour une 1 recette sans égale.
Prenez 500 kilos de texte bien compacts, une cuisson décalées et dansante, un service d’acteurs en porcelaine fardés d’airs antiques et enveloppés de vêtements du présent, et vous obtenez une pièce majeure, bouillonnante de vie et de créativité.
1/ Bien éplucher les mots.
Le texte est une pure merveille, une symphonie ininterrompue de mots, de pensées oniriques philosophico-religieuses, comme un poème, une chanson, une farandole de jeux de mots. Son approche n’est pas peut être pas aisée et on pourrait même le croire étranger, mais à y regarder de plus prêt, on se laisse facilement porter par ses flots de ce qui n’est qu’en fait, nos propres mots, nos propres pensées. Surtout que les milles noms de villes saupoudrés ici et là ou la date du jour évoquée au troisième acte sont là pour nous souligner qu’il s’agit bien de notre présent, de notre réalité.
2/ Remuer dans tous les sens mais délicatement durant toute la cuisson.
La mise en scène est légèrement clownesque, décalée, permettant de souligner la dérision des propos, sans pour autant retirer l’intelligence de la réflexion. Parfois on frôle même avec jubilation, consciemment ou non, la parodie de théâtre antique.
Le ballet orchestré avec clairvoyance et détail est subtil, la scène, l’espace vit, parle, et danse en permanence, devient acteur jusqu’à parfois nous soustraire au texte. Valère Novarina réussi parfaitement le tour de force de mettre son magnifique texte en scène.
3/ Servir dans un beau service de table.
La prouesse des acteurs est incroyable, ces derniers nous servent avec légèreté et humour le texte compact et dru de Novarina sans ciller. Chapeaux bas à toute la troupe pour cette prestation qui sonne parfois comme un marathon lyrique.
Pour résumer, si vous avez un appétit d’ogre, si vous rêver de vous gaver non-stop d’un caviar très consistant durant 2 h 30, mais en étant sûr de sortir léger comme le vent, et bien courez furieusement voir cet espace plus que vivant.